Entre hacks d’exchanges, bugs de smart contracts et risques opérationnels, détenir des cryptos n’est pas sans danger. Pour y répondre, des assurances crypto ont émergé : protocoles de couverture décentralisés, fonds de garantie d’exchanges, assurances spécialisées pour institutions, etc.
L’idée est séduisante : transférer une partie du risque contre le paiement d’une prime. Mais comme toujours, il faut comprendre ce qui est vraiment couvert, qui porte le risque en face, et dans quelles conditions les indemnisations sont versées.
Quels risques cherchent-on à couvrir ?
Les assurances crypto peuvent viser :
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• Les hacks d’exchanges centralisés : vol de fonds par cyberattaque.
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• Les failles de smart contracts : bug exploité dans un protocole DeFi.
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• Les défaillances d’émetteurs de stablecoins ou de plateformes.
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Ces risques sont au cœur de l’écosystème, comme l’ont montré plusieurs faillites ou piratages majeurs. Ils s’ajoutent aux risques “classiques” de marché (volatilité, cycles bull/bear, voir cycles Bitcoin).
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Assurances centralisées vs décentralisées
On trouve deux grandes familles :
• Assurances centralisées : compagnies classiques ou spécialisées qui proposent des polices dédiées (plutôt pour entreprises, plateformes, institutionnels).
• Protocoles d’assurance décentralisés : pools de capital gérés on-chain, où les participants fournissent des fonds pour couvrir des risques et reçoivent des primes en échange.
Dans le second cas, c’est un modèle proche d’une mutualisation du risque via des smart contracts, dans la lignée des applications DeFi décrites dans notre article sur les applications blockchain.
Comment fonctionne une couverture DeFi ?
Un protocole d’assurance décentralisé typique :
• Liste des “contrats couverts” : certains protocoles, exchanges, bridges, etc.
• Permet aux utilisateurs d’acheter une couverture (par exemple 10 000 $ de protection sur un protocole pendant 6 mois).
• Collecte des primes, versées au pool.
• En cas d’incident reconnu, verse une indemnisation selon des règles définies.
Les décisions (existence d’un incident, montant à verser) peuvent être prises par une DAO, ce qui pose des questions de gouvernance et de potentiel conflit d’intérêt.
Limites et points d’attention
Les assurances crypto ne sont pas une baguette magique :
• Couvertures partielles : souvent limitées à certains types d’événements, sur certains protocoles listés à l’avance.
• Exceptions et conditions : erreurs d’utilisateur (phishing, mauvaise manipulation) rarement couvertes.
• Risque de contrepartie : le protocole ou l’assureur lui-même peut être en difficulté au moment de payer.
Comme pour tout produit d’assurance, il est crucial de lire les conditions : ce qui est couvert, ce qui ne l’est pas, les plafonds, les franchises, le processus de réclamation.
Assurances et cadre réglementaire
Les régulateurs surveillent de près ces solutions :
• Certaines offres peuvent être considérées comme des contrats d’assurance, soumis à des régimes spécifiques.
• Les questions de solvabilité, de gouvernance, de transparence des réserves se posent également.
• Pour les acteurs régulés, la souscription d’assurances crypto peut être une condition pour offrir certains services.
Pour une vision plus globale de la perception des risques et de la régulation autour des cryptos et DeFi, les rapports de la Banque des Règlements Internationaux sont une bonne ressource : https://www.bis.org
Conclusion : une brique utile, mais pas un substitut à la prudence
Les assurances crypto peuvent :
• Réduire l’impact financier d’un hack ou d’un bug majeur.
• Rassurer certains utilisateurs ou institutions, en apportant un cadre de gestion du risque plus familier.
• Soutenir l’adoption de certains services DeFi, en offrant un filet de sécurité.
Mais elles ne dispensent pas des bonnes pratiques fondamentales : utiliser un cold storage pour les montants importants, se méfier des protocoles non audités, comprendre les risques de liquidation et de verrouillage, et diversifier ses plateformes. L’assurance doit compléter cette hygiène de base, pas la remplacer.

