Source officielle: Defi
Après la première vague de DeFi, centrée sur les DEX, les plateformes de prêt et les stablecoins, une nouvelle génération de protocoles est apparue sous le label informel de “DeFi 2.0”. Parmi eux, OlympusDAO et Tokemak ont popularisé des concepts comme la protocol-owned-liquidity (POL), qui vise à réduire la dépendance aux liquidity providers externes et aux incitations coûteuses.
Ces protocoles cherchent à corriger certaines faiblesses de la DeFi “classique” – notamment la fuite de liquidité et la volatilité des rendements – mais ils introduisent à leur tour des risques complexes, à la frontière entre expérimentation financière et ingénierie monétaire, dans un environnement Web3 encore en construction.
Limites de la DeFi “1.0”
Dans la DeFi “1.0”, la plupart des protocoles dépendent fortement de la liquidité fournie par les utilisateurs. Pour attirer cette liquidité, ils distribuent souvent leurs propres tokens de gouvernance en plus des frais usuels, ce qui peut entraîner :
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• Une inflation élevée des tokens, pesant sur leur prix à long terme.
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• Un comportement opportuniste des LP, qui déplacent leurs fonds dès qu’une meilleure incitation apparaît ailleurs.
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Résultat : des rendements parfois artificiellement élevés, mais instables, et une gouvernance fragile, car détenue par des acteurs motivés avant tout par les récompenses de court terme, comme l’illustrent certaines dérives analysées dans les articles sur les risques de staking.
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OlympusDAO et la protocol-owned-liquidity
OlympusDAO a popularisé un modèle où le protocole lui-même acquiert et détient la liquidité, plutôt que de la louer à des LP externes. Via des mécanismes de “bonding”, les utilisateurs vendent des actifs (par exemple des tokens LP) au protocole à prix réduit, en échange de tokens de gouvernance (OHM) bloqués.
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Au fil du temps, le protocole accumule ainsi des réserves de liquidité et d’actifs, ce qui lui permet de contrôler plus durablement ses propres pools et, théoriquement, de stabiliser son token. En pratique, ce modèle s’est avéré très sensible aux conditions de marché et à la psychologie des investisseurs.
Tokemak : orchestrer la liquidité
Tokemak vise à devenir une sorte de “routeur de liquidité” pour la DeFi. Les utilisateurs déposent des actifs dans les “reactors” de Tokemak, et le protocole décide où déployer cette liquidité (vers différents DEX ou protocoles), en fonction de signaux de gouvernance et d’incitations.
L’objectif est de rendre la liquidité plus efficace et mieux coordonnée, plutôt que de la laisser fragmentée entre de nombreux DEX. Cela rejoint des problématiques déjà vues avec les DEX aggregators, mais à un niveau plus structurel.
Risques spécifiques à la DeFi 2.0
Ces modèles innovants s’accompagnent de nouveaux risques :
Complexité accrue : les mécanismes de bonding, de gouvernance et de redistribution sont souvent difficiles à comprendre pour un utilisateur non spécialiste.
Risque de spirale de prix : comme pour certains stablecoins algorithmiques, la valeur des tokens de gouvernance peut être étroitement liée à la confiance dans le protocole. Une perte de confiance peut déclencher une spirale de vente.
Risque de gouvernance : si la gouvernance est capturée par un petit groupe ou si les incitations sont mal alignées, le protocole peut prendre des décisions contraires aux intérêts de la majorité.
Régulation et expérimentation
Du point de vue des régulateurs, ces protocoles posent des questions encore plus complexes que la DeFi “classique” : ils touchent à la création monétaire, à la gestion d’actifs collectifs et à des formes de gouvernance quasi coopératives, dans un environnement globalement non régulé.
Les autorités financières, comme l’AMF en France, observent ces expérimentations avec attention, en lien avec les travaux plus larges sur la régulation du marché crypto. Les futures régulations (comme MiCA en Europe) pourraient avoir un impact significatif sur la viabilité de certains modèles DeFi 2.0.
Conclusion : innovation audacieuse, risque élevé
OlympusDAO, Tokemak et d’autres protocoles de “DeFi 2.0” cherchent à résoudre de vrais problèmes : fuite de liquidité, alignement des incitations, efficacité du capital. Mais ils le font via des mécanismes complexes, souvent encore expérimentaux.
Investir ou participer à ces protocoles suppose d’accepter un niveau de risque élevé et d’y consacrer du temps pour comprendre les paramètres clés. Comme toujours dans la DeFi, la prudence, la diversification et la compréhension du code et de la gouvernance restent vos meilleures protections. Pour une analyse macro et réglementaire de ces tendances, les rapports d’institutions comme la Banque des Règlements Internationaux (https://www.bis.org) apportent un cadre de réflexion utile.
