Dans les débuts de Bitcoin, beaucoup imaginaient un monde de paiements totalement anonymes, sans contrôle ni intermédiaire. Mais très vite, les autorités ont appliqué aux plateformes crypto les mêmes principes que pour les banques : KYC (Know Your Customer) et AML (Anti-Money Laundering, lutte contre le blanchiment d’argent). Aujourd’hui, si tu veux acheter des cryptos sur un exchange sérieux, il est quasi impossible d’y échapper.
Comprendre pourquoi le KYC et l’AML sont devenus obligatoires, comment ils fonctionnent et en quoi ils impactent ta vie d’investisseur te permet d’anticiper les contraintes, mais aussi de mieux lire le paysage réglementaire décrit dans nos articles sur la légalité des cryptomonnaies et la régulation des marchés crypto.
Que signifient concrètement KYC et AML ?
Le KYC (Know Your Customer) oblige les acteurs financiers à identifier leurs clients :
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• Vérifier l’identité : pièce d’identité, justificatif de domicile, parfois selfie ou reconnaissance biométrique.
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• Comprendre le profil client : origine des fonds, statut professionnel, pays de résidence.
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L’AML (Anti-Money Laundering) vise à détecter et prévenir le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme :
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• Surveillance des transactions inhabituelles,
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• Déclaration de soupçons aux autorités compétentes,
• Mise en place de procédures internes (formation du personnel, audits, etc.).
Les plateformes crypto considérées comme des prestataires de services sur actifs numériques (PSAN en France, VASP ailleurs) sont désormais soumises à ces obligations, au même titre que les banques.
Pourquoi les États imposent KYC/AML aux acteurs crypto ?
Les motivations des États sont multiples :
• Lutte contre le blanchiment : les cryptos peuvent être utilisées pour recycler des fonds issus d’activités illégales.
• Lutte contre le financement du terrorisme : suivre les flux permet d’identifier des réseaux et des structures.
• Protection des investisseurs : mieux connaître les clients facilite la détection des arnaques et des comportements suspects.
Les institutions comme le GAFI (Groupe d’Action Financière) ou les banques centrales, étudiées dans nos articles sur les CBDC et la régulation mondiale, ont rapidement recommandé d’appliquer aux cryptos un cadre similaire à celui de la finance traditionnelle.
En France, l’AMF et l’ACPR expliquent ces obligations sur leurs sites respectifs, avec des sections dédiées aux prestataires de services sur actifs numériques. Tu peux par exemple consulter : https://www.amf-france.org
Concrètement, que doit fournir un utilisateur ?
Lorsque tu ouvres un compte sur un exchange régulé, on te demande généralement :
• Pièce d’identité officielle : carte nationale, passeport.
• Justificatif de domicile : facture récente, avis d’imposition.
• Parfois des informations sur tes revenus, ton activité professionnelle ou l’origine de tes fonds.
Ces données permettent à la plateforme de répondre aux exigences KYC/AML. Elles sont aussi utiles en cas de contrôle fiscal ou de litige, comme nous le détaillons dans notre article sur la fiscalité des cryptos en France.
Impact sur la vie privée et la philosophie “crypto”
Pour une partie de la communauté crypto, ces obligations sont vécues comme une trahison de l’esprit originel de Bitcoin : un système de paiement ouvert, pseudonyme et sans permission. Le KYC/AML :
• Centralise des données sensibles chez quelques grands acteurs (exchanges, brokers).
• Rend plus facile la surveillance des flux, surtout si l’on relie les adresses on-chain à des identités KYC.
• Peut exclure certains profils (personnes sans papiers, habitants de pays sanctionnés, etc.).
Cela alimente les débats sur l’équilibre entre lutte contre la criminalité et respect de la vie privée, mais aussi le développement d’outils plus décentralisés ou centrés sur la confidentialité, comme certains protocoles DeFi et les solutions Web3 évoquées dans notre article sur le Web3.
KYC/AML et adoption massive des cryptos
Paradoxalement, ces contraintes pourraient aussi favoriser l’adoption :
• Les grandes institutions financières se sentent plus à l’aise pour entrer sur le marché si des règles claires existent.
• Les particuliers “grand public” sont rassurés par le fait que les plateformes soient surveillées et tenues de lutter contre les arnaques.
• Les États peuvent mieux encadrer la fiscalité, ce qui est une condition pour que les cryptos s’installent durablement dans l’économie, comme on le voit dans les pays qui adoptent les cryptos.
Pour toi, utilisateur, la question est donc de trouver un compromis entre confort (exchanges régulés, accès simple au fiat) et autonomie (wallets non custodial, DeFi), en sachant que les premiers impliquent quasi systématiquement KYC/AML.
Conclusion : une contrainte durable avec laquelle il faut composer
Le KYC et l’AML ne sont pas un phénomène temporaire : ils s’inscrivent dans un mouvement de fond visant à intégrer les cryptos dans le cadre financier global. Si tu veux investir légalement, respecter la fiscalité et accéder à des services sérieux, il faudra presque toujours t’y plier.
La bonne nouvelle, c’est que les outils non custodial, la DeFi et certains projets orientés confidentialité permettent encore d’explorer la dimension la plus “cypherpunk” des cryptos. À toi de décider quel niveau de conformité, de confidentialité et de responsabilité tu souhaites assumer dans ton parcours d’investisseur.

