Quand on parle de cryptomonnaies, on pense souvent à Bitcoin, à Ethereum ou à la DeFi. Mais en arrière-plan, des institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale publient depuis plusieurs années des rapports détaillés sur l’impact potentiel de ces actifs sur la stabilité financière mondiale, la politique monétaire et le développement des pays émergents.
Comprendre la position de ces institutions permet de mieux lire les grandes tendances : régulation plus stricte ? Encouragement à l’innovation ? Promotion des CBDC comme alternative ? Voyons comment le FMI et la Banque mondiale se situent face aux cryptos.
Mission du FMI et de la Banque mondiale : un rappel
Pour saisir leur posture, il faut rappeler leur rôle :
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• Le FMI est chargé de veiller à la stabilité du système monétaire et financier international. Il fournit des analyses, des recommandations de politique économique et des programmes d’aide aux pays en difficulté.
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• La Banque mondiale a pour mission le développement économique et la réduction de la pauvreté, notamment via le financement de projets d’infrastructure, d’éducation, de santé, etc.
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Du point de vue de ces institutions, les cryptos ne sont qu’un élément d’un paysage plus large, aux côtés des monnaies traditionnelles, des marchés financiers et, de plus en plus, des projets de monnaies digitales de banques centrales.
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De nombreux rapports et études sur ces sujets sont accessibles sur leurs sites officiels, par exemple : https://www.imf.org et https://www.worldbank.org
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Les inquiétudes du FMI : stabilité, dollarisation et risques pour les pays en crise
Le FMI met en avant plusieurs risques potentiels associés à une adoption importante des cryptos :
• Instabilité macroéconomique : dans les pays où la monnaie locale est fragile, l’usage massif de cryptos ou de stablecoins peut affaiblir encore plus la capacité de la banque centrale à conduire sa politique monétaire.
• “Crypto-dollarisation” : les populations peuvent se détourner totalement de la monnaie nationale au profit d’actifs numériques indexés sur le dollar, ce qui complique la gestion des crises.
• Risques de fuite de capitaux : les cryptos peuvent faciliter la sortie de richesse hors du pays, surtout en période de contrôle des capitaux.
Ces préoccupations sont particulièrement vives dans les économies en crise, où l’usage de Bitcoin ou de stablecoins est parfois vu comme une bouée de sauvetage par la population, mais comme une menace pour la souveraineté monétaire par les autorités.
La position sur les cryptos comme monnaie légale
Lorsque certains pays envisagent ou décident d’adopter le Bitcoin comme monnaie ayant cours légal, le FMI exprime généralement des réserves :
• Volatilité des cryptos : difficile d’adosser des salaires, des prix ou des dettes publiques à un actif pouvant varier de plusieurs dizaines de pourcents en quelques mois.
• Risques budgétaires : si l’État détient des cryptos dans ses réserves, leur chute peut affecter la crédibilité du pays.
• Complexité opérationnelle : infrastructure de paiement, éducation de la population, cyber-risques, etc.
Dans ses communiqués, le FMI recommande souvent aux pays de ne pas substituer complètement leur monnaie nationale par des cryptos volatiles, mais plutôt d’améliorer leur cadre réglementaire, voire d’explorer des solutions de monnaies digitales publiques.
Banque mondiale, inclusion financière et innovation
La Banque mondiale adopte une approche parfois plus nuancée, en soulignant les opportunités offertes par les technologies blockchain pour :
• Réduire les coûts de transferts de fonds, notamment pour les travailleurs migrants qui envoient de l’argent à leur famille.
• Améliorer l’inclusion financière, en permettant à des populations non bancarisées d’accéder à des services numériques.
• Renforcer la transparence dans certains programmes d’aide ou de financement de projets, via des registres audités.
Cependant, la Banque mondiale insiste sur le fait que ces innovations doivent s’inscrire dans un cadre réglementaire solide, notamment en matière de protection des consommateurs, de lutte contre le blanchiment et de cybersécurité, rejoignant les préoccupations décrites dans nos articles sur la réglementation et le Web3.
Promotion des CBDC : une réponse institutionnelle aux cryptos ?
Face à la montée des cryptos privées et des stablecoins, le FMI et la Banque mondiale se montrent très intéressés par les monnaies digitales de banques centrales (CBDC) :
• Elles permettraient de moderniser les systèmes de paiement, tout en gardant un contrôle public sur l’émission monétaire.
• Elles pourraient offrir certains avantages techniques des cryptos (rapidité, programmabilité), sans leur volatilité.
• Elles limiteraient les risques de fragmentation monétaire dans les pays où les stablecoins privés se développent rapidement.
Dans notre article sur les CBDC, nous analysons en détail la manière dont ces projets peuvent coexister – ou entrer en compétition – avec Bitcoin, les stablecoins et la DeFi.
Recommandations pour les pays : réguler, pas interdire
Dans leurs rapports, le FMI et la Banque mondiale recommandent rarement une interdiction pure et simple des cryptos. Ils préconisent plutôt :
• Un cadre réglementaire clair, couvrant les exchanges, les stablecoins et les prestataires de services.
• Une supervision renforcée, notamment en matière de KYC/AML et de protection des investisseurs.
• Une approche coordonnée au niveau international, pour éviter l’arbitrage réglementaire entre pays.
Cette vision rejoint l’évolution des réglementations régionales comme MiCA en Europe, que nous abordons dans un autre article, et les dispositifs nationaux comme les licences PSAN en France.
Conclusion : entre prudence et ouverture contrôlée
Le FMI et la Banque mondiale ne sont ni des “fans” ni des “ennemis” inconditionnels des cryptos. Leur rôle les conduit à adopter une position prudente : reconnaître l’innovation et ses potentiels, tout en pointant les risques pour la stabilité financière, la souveraineté monétaire et la protection des populations les plus vulnérables.
Pour les investisseurs et les entrepreneurs crypto, ces positions sont importantes : elles influencent les cadres réglementaires, les recommandations faites aux pays et les conditions d’accès au financement international. Comprendre ce regard “macro” complète la vision plus micro que tu peux avoir en tant qu’utilisateur de blockchains, de plateformes DeFi ou d’exchanges, et t’aide à anticiper les grandes évolutions du secteur dans les années à venir.
