Lorsque la monnaie locale s’effondre, que les prix flambent et que les banques deviennent peu fiables, une question vitale se pose pour les habitants : comment protéger leur pouvoir d’achat ? Dans plusieurs pays en crise – Venezuela, Turquie, Liban – de plus en plus de personnes se tournent vers les cryptomonnaies, notamment Bitcoin comme protection contre l’inflation, mais aussi les stablecoins indexés sur le dollar.
Les cryptos ne sont pas une baguette magique, et leur usage comporte des risques. Mais dans des contextes extrêmes d’hyperinflation, de contrôle des capitaux et de méfiance envers les institutions, elles peuvent devenir un outil de survie financière. Explorons comment.
Hyperinflation et effondrement de la confiance monétaire
Dans une économie “normale”, la monnaie nationale est un référentiel stable : les salaires, les loyers, les contrats sont libellés dans cette devise, et l’inflation annuelle reste raisonnable. Mais dans certains pays, ce cadre explose :
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• Hyperinflation : les prix peuvent doubler en quelques mois, voire en quelques semaines.
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• Dépréciation de la monnaie : le taux de change s’envole, faisant perdre au billet local une grande partie de sa valeur face au dollar ou à l’euro.
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• Contrôles des capitaux : les citoyens n’ont plus le droit de convertir librement leur argent en devises étrangères.
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Dans ces situations, la confiance dans la monnaie nationale se brise. Les habitants cherchent alors des actifs alternatifs : devises étrangères, or, immobilier… et de plus en plus, cryptomonnaies, comme on le voit dans les pays qui adoptent les cryptos de façon plus ou moins formelle.
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Bitcoin comme “or numérique” dans les pays en crise
Dans des pays comme le Venezuela, de nombreux particuliers ont découvert Bitcoin comme une sorte d’“or numérique” :
• Offre limitée à 21 millions d’unités, expliquée dans notre article sur la rareté programmée de Bitcoin.
• Possibilité de recevoir ou d’envoyer des fonds à l’international sans passer par le système bancaire traditionnel.
• Facilité de stockage via un simple wallet sur smartphone ou un hardware wallet.
Pour certains, Bitcoin est utilisé comme réserve de valeur à moyen/long terme : ils convertissent une partie de leurs revenus en BTC dès qu’ils le peuvent, afin d’échapper à la dévaluation rapide de la monnaie locale.
Évidemment, la volatilité de Bitcoin reste un problème : à court terme, son prix peut baisser fortement, ce qui rend son usage comme “monnaie du quotidien” délicat. D’où le rôle croissant des stablecoins.
Stablecoins : une alternative au dollar cash
Dans les économies en crise, le billet de dollar physique a longtemps été le Graal. Mais son accès est parfois restreint, et le transporter comporte des risques (vol, confiscation). Les stablecoins indexés sur le dollar sont alors une solution intermédiaire :
• Valeur stable proche de 1 USD, contrairement aux cryptos volatiles.
• Transferts rapides et peu coûteux via des blockchains publiques ou des layer 2.
• Possibilité de les échanger localement contre de la monnaie fiduciaire ou des biens/services.
Dans certains pays, des commerçants acceptent directement des paiements en stablecoins, surtout dans les zones urbaines et auprès d’une clientèle habituée au numérique. Pour les populations exilées, c’est aussi un moyen d’envoyer de l’argent à leur famille plus rapidement que via les circuits traditionnels.
Turquie, Liban : fuite devant la monnaie locale
En Turquie, la forte inflation et la dépréciation de la livre turque ont poussé de nombreux épargnants à se tourner vers :
• Le dollar,
• L’or,
• Les cryptos, aussi bien Bitcoin que certaines altcoins majeures.
Au Liban, la crise bancaire a conduit à des restrictions drastiques sur les retraits et à une perte de confiance massive dans le système financier. Les cryptos ont alors joué un rôle de filet de sécurité pour certains, permettant de recevoir des fonds de l’étranger ou de sortir une partie de leur patrimoine du système bancaire local.
Ces usages illustrent la dimension “finance d’urgence” des cryptos : ils ne sont pas seulement un outil spéculatif, mais aussi un moyen de contourner des systèmes défaillants, comme nous le détaillons dans notre article sur les applications de la blockchain au-delà de l’investissement.
Régulation, risques et zones grises
Dans ces contextes, les gouvernements tentent souvent de reprendre le contrôle :
• Encadrement des exchanges, parfois interdiction partielle.
• Pression sur les banques pour surveiller les flux liés aux plateformes crypto.
• Débats sur la légalité de certains usages, comme le paiement des salaires en crypto.
Certains États craignent que les cryptos ne fragilisent encore davantage des systèmes monétaires déjà chancelants. D’autres envisagent des solutions comme les CBDC pour offrir une alternative numérique plus contrôlée.
Pour les utilisateurs, cela signifie évoluer dans un environnement incertain, où l’usage des cryptos peut être toléré, encouragé ou réprimé selon les périodes. Les institutions comme le FMI et la Banque des Règlements Internationaux (BIS) analysent régulièrement ces situations dans leurs rapports sur la stabilité financière mondiale, consultables par exemple sur : https://www.bis.org
Conclusion : outil de résilience, mais pas panacée
Dans les économies en crise, les cryptomonnaies – Bitcoin, stablecoins, parfois d’autres actifs – jouent un rôle croissant comme outil de résilience individuelle. Elles offrent une échappatoire partielle à l’hyperinflation, au contrôle des capitaux et à la faillite des banques.
Mais elles ne remplacent pas une gestion macroéconomique saine, ni le besoin de réformes structurelles. Elles s’inscrivent plutôt comme un plan B pour les citoyens, qui cherchent à protéger leur épargne et à maintenir des échanges dans un environnement monétaire dégradé. Comprendre cette réalité enrichit la vision, parfois trop théorique, que l’on peut avoir des cryptos lorsqu’on habite dans une économie stable.

